Le vrai TAO - par Natarajan
(extrait)
La rédaction des commentaires du Tao-te-King, avec une nouvelle traduction du texte pour les passages fondamentaux, a été une merveilleuse aventure. Je dois rendre compte dans tous les détails de cette opération, afin de me faire pardonner plus facilement de restituer le sens originel du Tao-te-King, alors que je ne connais pas le chinois.
La connaissance du chinois demeure paradoxalement un obstacle pour retrouver le Tao-te-King, puisque il oblige l'esprit à passer par des signes qui ont deux mille cinq cents ans d'âge, et dont le sens n'a cessé d'évoluer depuis leur origine. D'autre part, le chinois n'est pas à proprement parler une langue, au sens où nous l'entendons généralement. C'est plutôt une symbolique complexe, où les caractères sont susceptibles de contenir plusieurs significations différentes selon leur contexte. Ils sont juxtaposés, et demandent donc à l'esprit de se laisser absorber par leur agglomération, d'une manière qui diffère des langues où le travail est mâché par la structure de la phrase, comprenant verbes, sujets, compléments. Une suite de symboles si anciens, dont chacun représente une stratification de sens, ne peut être percée à jour que si l'on connaît déjà, profondément, ce qu'ils veulent représenter.
C'est cette aventure extraordinaire qui m'est arrivée, et qui m'oblige à aborder différents thèmes très fascinants et controversés à l'heure actuelle, comme la réalisation spirituelle, et la réincarnation.
Par une après-midi d'octobre 90, j'ai voulu noter un aphorisme "contourner n'est pas résoudre, affronter n'est pas réussir", et je me suis mis donc à travailler sur mon ordinateur. A la suite de cette phrase, sont venues spontanément les stances qui constituent le livre du Commandement. J'ai été ému en comprenant que ce texte venait de moi-même, un moi-même oublié, enfoui profondément, et auquel j'avais spontanément accès. J'ai dû m'arrêter d'écrire dans la nuit, à peu près à la moitié du texte, j'ai dormi quelques heures, et j'ai repris dans la même inspiration les stances que j'ai finies le jour même, sans avoir à les corriger.
Ce n'est que la deuxième fois dans mon expérience de mystique que le souvenir d'une vie antérieure revient spontanément à la surface, et je tiens tout de suite à dire que ces deux expériences ne se sont pas déroulées conformément à d'autres témoignages, où les personnes s'aperçoivent elles-mêmes dans des décors, et connaissent des événements précis de leur vie.
...
Stance 1
Contourner n'est pas résoudre,
affronter n'est pas réussir.
Le résultat probant s'enracine dans un ordre inconnu.
Le triomphe superficiel s'oppose à l'Ordre et amène la déchéance.
Le vrai triomphe passe inaperçu
et son absence de gloire le préserve.
Le combat authentique se moque de l'issue,
la victoire coïncide avec l'Ordre, la défaite aussi.
La lutte vaine s'attache à réussir,
sa victoire provient d'une tricherie, sa défaite d'un vice.
Dès que les hommes se rassemblent seule existe la discorde,
aux confins du district, du pays,
et au sein du pouvoir pour le prendre.
Seul le possesseur de la paix sait la fonction de la guerre,
il n'est pas égaré par l'enjeu du combat.
La paix excite la guerre, la suscite et la développe,
en laissant croître les complots dans la vie ordinaire.
Dans les deux camps, les soldats se trompent tous d'adversaires.
Les armées se livrent des batailles vaines,
la seule issue de la guerre est la maîtrise de soi.
Qui parvient à la maîtrise de soi suscite des adversaires jaloux.
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